-Benares, historique d’une journée un peu spéciale

By Hélène & Gaby • oct 26th, 2009 • Category: Non classé

Le 8 octobre 2009, Haifa hôtel, Bénarès, Inde, une journée qui commence de façon ordinaire…

Certes nous l’avons commencé par un raté…enfin, puisque nous nous en doutions peut on considérer que cela n’en est finalement pas un ? Ne soyons pas trop dures avec nous-mêmes !

En effet, la veille, souhaitant longer les Gâths de bonne heure, nous avions décidé de nous réveiller à 4h45 avec la ferme intention de prendre un bateau à 5h30 afin d’être aux premières loges pour ce merveilleux spectacle qu’offre la ville de Bénarès au lever du soleil…Seulement voilà, 5h du matin…c’est un ENORME challenge pour nous. Ceux qui nous connaissent le savent bien ; Nous avons toutes les deux un « léger petit » problème avec les heures matinales, alors une fois réunies ça donne ça :

- 10h30, dix sonneries de téléphone plus tard, nos réveils sont par terre, jetés comme des mal propres, un œil sur deux ouvert, nous nous retournons l’une vers l’autre et répétons en cœur, l’air innocent: « Ah toi non plus tu n’a pas entendu le réveil ce matin?»

Bref…lentement mais sûrement nous nous réveillons du quasi coma qui nous sert de sommeil, petit debrief des rêves de la nuit, programme de la journée, une douche et c’est parti ! Prêtes à découvrir une autre ville, à se perdre, à tester de nouveaux mets quelques peu épicés et surtout à rencontrer de nouvelles personnes.

Nous choisissons finalement de traverser un peu la ville pour rejoindre ces célèbres Gâths par de petites ruelles…Une fois posées sur les marches, les yeux rivés sur le Gange, un curieux spectacle se met en place devant nous. Enroulée dans un lin blanc, nous apercevons quelque chose de posée sur un amas de bois. Nous avons compris…nous sommes arrivées sur ce fameux Ghât où les crémations ont lieu…Bénarès est une ville sainte et nombreux sont les Hindous qui rêvent de s’y faire incinérer.

Comme tous les jours, un indien sort de nul part et s’assoie à nos cotés, poussé par cette incroyable envie de partager et d’enseigner sa culture. S’appliquant du mieux qu’il peut, il entreprend un discours au sujet des différentes étapes de la cérémonie entourant la mort d’une personne …à laquelle nous nous apprêtons à assister d’un instant à l’autre…

Malgré de captivantes explications sur cette culture indienne, nous ne pouvons nous empêcher d’être perturbées par le funeste défilé qui se déroule juste sous nos yeux…Deux corps sont transportés sur des bambous par les membres de leurs familles, pieds apparents…Nos regards sont soudainement arrachés par une lueur…La première cérémonie sur laquelle nous étions tombées commence.

Le moment est indescriptible…Nous avons du mal à observer cette célébration. Les corps humains se dévoilent peu à peu sous leur lin en feu, les pieds apparaissent, les visages se découvrent, les corps s’enflamment…Les hommes resterons trois heures paisiblement près de cet ami, ce frère ou ce parent qui est rendu à «Mama Ganga »…

Gênées, nous préférons laisser la famille…L’indien avec lequel nous discutons nous emmène alors voir l’intérieur du crématorium. Une odeur de fumée embrase peu à peu nos narines. Une seule pièce : deux machines roulantes débouchant sur deux ouvertures noires sans portes… Un loft de la mort, le dernier train avant l’immortalité spirituelle. La gorge se resserre, les jambes tremblent, nous déglutissons comme pour ravaler notre émotion…. Nous sommes troublées par cet exhibitionnisme mortuaire et cette cérémonie religieuse. Secouées, nous restons silencieuses…Nous apprenons que les femmes ne sont pas invitées à ces cérémonies…Entre autre parce que nombre d’entre elles se sont jetées dans le feu dans l’espoir de rejoindre leur père, mère ou encore défunt mari au moment des rituels…

A notre gauche quatre hommes sont là. Surement les préposés à ce travail bien particulier ; Ils continuent à jouer aux cartes sans se soucier de notre présence.

Glauque attitude quand tu nous tiens !

Toutes ces lugubres visions et cette proximité avec la mort nous met peu à peu mal à l’aise d’une manière difficilement descriptible. La maladie et la mort ne sont pas des choses qui se dévoilent à tous dans notre pays où une sorte de pudeur entoure ce moment de la  vie…

Pourquoi cette gène face à cette simple étape devant laquelle nous sommes tous égaux ?…Est-ce le fait de la rendre public qui nous déroute ? Ou est-ce la crémation en elle-même ? pratique que nous connaissons mais qui reste encore rare dans notre culture-…Cette dématérialisation d’un être, qui même vidé de toute vie, semblait pourtant encore là, simplement endormi aux cotés de ses proches…Faire disparaître quelqu’un de manière définitive…Comme si avant cela, la mort elle même ne l’avait pas déjà fait…ou peut être est-ce religieux rituel Hindou près du Gange laissant rêver à une seconde vie qui nous émeut, dans lequel la patience et l’application de ces hommes ne sont que louables…

Le spectacle est difficile et une certaine pudeur occidentale nous invite à partir…

Perturbées, nous continuons donc notre parcours sur ces fameux ghâts qui surplombent un Gange enchanté, morbide et saint….Nous suivons notre guide culturel improvisé jusque dans les petites ruelles étroites de Bénarès, ce dernier souhaitant nous faire découvrir sa fabrique de soie….Six  hommes y travaillent, s’agitant tel de petites machines, comme jouant de l’harpe avec les centaines de fil de soie qu’ils manient d’un geste tout aussi vif et précis que gracieux…Accroupis par terre, devant ces instruments de musique silencieux, ils tissent encore et encore….

Par prudence, la nuit allant bientôt tomber, nous quittons notre ami du moment pour retourner sur les Ghâts avant la tombée de la nuit, dans le but de découvrir une seconde cérémonie. En effet, une étrange et longue prière est réalisée chaque soir pour remercier cette étendue d’eau divine et bienveillante qui semble protéger tous les habitants de Bénarès…Les yeux brillants de lueur reflétant les dizaines de bougies en mouvement, que font danser quelques prêtres, nous  observons attentivement ce spectacle….

C’est donc apaisées, que nous repartons en direction des Assi Ghats proches de notre hôtel sur notre peu rassurante embarcation…..Notre conducteur de barque entame la discussion en nous expliquant qu’il ne comprend pas les « WESTERN people » : deux jeunes filles partant loin de leur famille, seules, pour voyager dans d’autres pays. Le Western way of life si loin de la culture familiale indienne surtout en ce qui concerne les filles. Il finit ses interrogations par une gorgée de l’eau du Gange !!!!!!! Nous faisons mine de ne pas être choquées…Le Gange est effet tout aussi saint que pollué ! Les corps morts y sont trempés, les indiens y font leurs lessive, les animaux s’y baignent… !

Nous voguons tranquillement vers notre Ghât final….Nous voilà arrivées. Quelques minutes sont nécessaires pour trouver un endroit où avancer le bateau pour que nous puissions descendre sans encombres….en effet, depuis quelques jours la pluie à crée un mélange de terre et d’eau, une sorte de gadoue épaisse sur la rive….Nous quittons notre chauffeur, « ThankYouGoodNightItWasVeryNice » et nous rentrons!…Ou pas…….

Pas à pas nous avançons tranquillement jusqu’à la rive de béton…

Et là c’est le drame ! Chacune notre tour, à deux secondes d’intervalle, nous nous voyons aspirées dans cette masse de gadoue sur laquelle nous marchions et qui ne nous semblait pas si profonde….parce que maintenant nous avons de la terre mouillée jusqu’à la moitié de la cuisse !!!!! Un petit moment de panique « Imagine, ça fait comme dans des sables mouvants et on va encore plus s’enfoncer !!! »…Cinq minutes sans pouvoir bouger. CINQ longues minutes où l’on regarde notre corps s’enfoncer peu à peu sous terre. Et puis ça va, on est coincée c’est vrai, mais tout le monde nous regarde depuis la rive. On ne s’enfonce pas plus, alors fou rire oblige !!!

Nous tentons alors de nous dépêtrer de nous-mêmes de cette prison naturelle :

-         « Meuf je peux plus bouger! »;

-         « Mais si, faut que tu te mettes à quatre pattes !!! C’est plus facile et ça fait moins de poids, j’ai même réussi à sauver une tong!»,

-         « Mais je te dis que je n’arrive pas à sortir ma jambe ! Je tire de toutes mes forces !!! Je ne peux pas !!! »,

-         « Toi aussi tu vois des flash de toute ta vie défiler sous tes yeux ??? »

-         « Attends, regarde y a deux mecs qui viennent », « Ha oui ils nous lancent une corde »,

-         « C’est SUPERINDOU  qui vient nous sauver »,

-         « SUPER quoi ? »,

-         « SUPERMAN indien ! »,

-         « Meuf c’est pas le moment ! »,

-         «Bon  vas-y j’attrape la corde la première », « Hélène c’est bon à toi ! »,

-         « Je ne peux pas bougerrrrrrrr »,

-         « Mais siii attrape bien la corde, enroule-la dans une main et laisse-toi tirer, ça va faire sortir ton corps de la gadoue ! »

….Tels des guerrières conquérantes nous sortons en rampant sur les coudes, les tongs entre les dents (bon ok….les tongs dans les mains) de cette vase boueuse!

Nous remercions notre preux chevalier indien, auquel il manquait quelques dents, qui répondit à nos nombreux mercis par un grand sourire et le fameux hochement de tête indien de gauche a droite (il faut avoir été en Inde pour comprendre ça, mais nous vous le mimerons à la demande à notre retour !)

Arrivée à l’hôtel :

-         « Prem’s à la douche !!!»

-         «Ok, Sympa cette petite journée ! »

-         « NORMAL »

Du rire et peut être des larmes, de l’émerveillement et des surprises, de la peine et de la joie, du danger et de la bienveillance…voilà ce que vous offre l’Inde.

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One Response »

  1. Ca ma bien fait rire !

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